jeudi 19 avril 2012

Live l’olive

Live l’olive


Comme il est bon de pouvoir rêver…
Live aime à s’imaginer autrement : une olive bleue, rose, orange...
Les yeux fermés, la mine heureuse, elle se laisse aller à ses rêveries…
Ce qui n’est pas du goût de tout le monde… !

Live l’olive habitait en Provence, dans un grand champ rocailleux, bien exposé au soleil.
Elle poussa sur une fine branche qui s’agitait gaiement au moindre souffle de vent.
Bientôt, elle atteignit sa taille adulte, à peine plus grosse qu’une noisette, mais toute en chair, bien bombée.
Live devint ainsi une belle olive verte, appétissante à souhait :
-« Pourvu que l’on ne me cueille pas maintenant » dit-elle, « j’aimerais tellement connaître le plaisir d’avoir une autre couleur. D’ailleurs, mon rêve, ce serait de me parer, tour à tour, de toutes les teintes. »
Sa voisine, une olive du nom de Bicasse, l’entendit et lui répondit :
-« Mais voyons, Live, ce n’est pas possible ! Les olives sont ou vertes ou noires. C’est déjà bien d’avoir deux tons dans sa vie, regarde les hommes, les pauvres, ils n’ont qu’une seule couleur dans leur existence, alors nous, nous avons quand même plus de chance… »
-« Oui, c’est vrai, nous sommes mieux lotis. Mais bon, c’est une bien maigre consolation… Qu’est-ce que j’aimerais pouvoir être jaune, bleue ou rouge… »
-« Oh tra la la, que de paroles qui ne veulent rien dire… A quoi ça sert de se torturer ainsi ? » râla Bicasse.
-« Mais à rêver, ma chère. D’ailleurs, laisse-moi tranquille, je vais penser à me faire plaisir ! »
Et Live ferma les yeux et laissa aller son imagination. La voilà en bleu. Oh, comme ça lui allait bien ! Sûr que si on faisait de l’huile, on obtiendrait un beau liquide azuré.
Bon, changeons maintenant, pourquoi pas orange ? Chouette ! Elle se sentait l’âme d’une petite mandarine ! Pleine de malice et de bonne humeur… Sympathique !
L’humeur joyeuse, Live rêva de rose. Une olive rose, comme c’était romantique ! Elle imagina même le parfum de la rose. Mmmmh… Quel délice ! Quelle délicatesse, quelle fraîcheur ! Un vrai régal, comme c’était bon !
Mais voilà que des jérémiades venaient interrompre ses rêves… C’était Bicasse qui pestait contre sa voisine !
-« Une olive bleue, jaune ou rouge… N’importe quoi ! Et pourquoi pas des hommes verts, violets ou dorés ? »
Tiens, pas mal son idée… Live referma les yeux et imagina des humains colorés. Le vert ne leur allait pas bien, non voyons voir plutôt du coté du pourpre. Non, trop sérieux… Et si on mélangeait les couleurs. Vert à pois rouge ! Oh là, c’était beaucoup plus drôle !
Live rigolait à noyau déployé ! Mais Bicasse râlait toujours :
-« Elle a l’air fin avec son sourire niais, les yeux fermés… Ce n’est pas ça la vie, c’est d’affronter la réalité en face ! Voilà la vérité… » grommelait-elle.
Pendant qu’elle professait ses mauvaises paroles, Bicasse devenait sèche, toute rabougrie, alors que Live restait bien gonflée, ferme et charnue.
Celle-ci considéra sa consoeur quelques instants, avant de fermer à nouveau les yeux. C’était trop bien de rêver ! Elle pensa à Bicasse et l’imagina se déformer sous ses propos.
Là, on dirait un haricot à deux têtes, et là, une immense bouche… C’était génial ! Bicasse, comme elle ne s’était jamais vue !
Ah, et maintenant si on la coloriait un peu, histoire de la rendre plus gaie. Voilà, jaune flashie à pois bleus… Pas mal !
Et si on essayait orange à rayures mauves. D’enfer ! Quel look ! Transformée la Bicasse !
Mais des sons râleurs sortirent à nouveau Live de ses pensées. Ah oui, la réalité… Bicasse se rabougrissait de plus en plus sous ses injonctions.
Franchement, Live était mieux dans ses rêves ! Pauvre Bicasse ! Elle ne pouvait pas rêver, et c’était bien triste… Il n’y avait qu’à la voir, toute desséchée, dure et racornie.
Live compatit pour sa voisine. Après tout, ce n’était pas sa faute. Pourquoi certains êtres avaient de l’imagination et d’autres, non ? Mystère…
Et pour vous, lecteurs, qu’en est-il ? Pouvez-vous rêver ? Oui, à quoi donc ?
Racontez-moi, et j’écrirai l’histoire de votre monde imaginaire… A très bientôt !

                                                                               Valérie Bonenfant

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