jeudi 19 avril 2012

Les sorciers

Les sorciers
Un conte sur la naïveté à croire certaines personnes…
Plumeau se voit révéler des talents de sorcier, que malheureusement, il n’a pas.
Avant qu’il ne s’en rende compte, il aura malgré tout laisser échapper quelques imprécations malencontreuses qui lui vaudront bien du souci…

Il était une fois un grand sorcier du nom de Magic. Il avait une grande cape noire avec des étoiles brillantes dessus et portait sur la tête un long chapeau pointu de couleur violet.
Il arborait toujours une mine sévère et beaucoup craignait ses pouvoirs.
Un jour, il fut invité par une bande de jeunes, à venir prendre le goûter. Bientôt, tous eurent envie de s’essayer à la magie.
Le grand sorcier dit alors de sa grosse voix :
-« L’un d’entre vous est doté de pouvoirs magiques. Je le sens. Je le sais… »
Un silence étonné accueillit ces propos.
-« Ah oui, et qui ? » interrogea l’un des jeunes.
-« C’est Plumeau. Il a des dons, c’est sûr ! Tiens, approche, nous allons faire un test. »
Plumeau s’approcha du grand mage, impressionné et intimidé. Magic lui proposa alors :
-« Voilà, je vais placer trois verres sur la table, me concentrer très fort sur l’un d’entre eux et tu devras deviner celui auquel je pense. »
Le mage ferma les yeux, et, dans un grand soupir, les mains jointes, commença à se concentrer. Le silence était absolu. C’est à peine si on entendait le souffle des respirations.
Au bout d’un long moment, le sorcier rouvrit les yeux, et dit d’un ton monocorde :
-« Ça y est. Tu peux y aller, je suis prêt. »
Plumeau se gratta la tête et finit par dire :
-« Peut-être le verre du milieu… »
-« Oui, c’est cela ! C’est exactement ça, tu as réussi ! J’en étais sûr ! »
Plumeau le regarda, les yeux ronds. Quoi ? C’était vrai ? Il avait dit juste. Ouah dis donc, alors ça !
-« Pouvons-nous recommencer ? Je voudrais essayer encore… » demanda Plumeau.
-« Oui, si tu veux, allons-y ! »
Et le scénario se répéta. Le grand sorcier se concentra à nouveau, en joignant ses mains et en poussant un long soupir. Enfin, il s’arrêta.
-« Voilà, tu peux maintenant faire ton annonce… »
Plumeau réfléchit, puis instinctivement, se lança :
-« Là, celui-là, à droite ! »
-« Bravo, encore gagné ! Décidément, tes talents sont immenses ! »
Oh oh, Plumeau se sentait transporté. Il avait des dons de divination, il était fort et puissant, différent des autres, qui le regardaient mi-enthousiastes, mi-dubitatifs.
Il quitta les lieux et rentra chez lui. Plus question de rester inaperçu : il avait des pouvoirs, tout le monde devait le savoir.
Il le clama dans tout le village, et bientôt, reçut ses premières visites.
-« Alors moi, grand sorcier, ce que je souhaiterais, c’est de beaux légumes dans mon jardin. Pas comme l’année dernière où ils étaient tous ratatinés par le soleil. J’en voudrais des charnus, des savoureux, des épanouis… »
-« Pas de problème » répondit Plumeau, « je veillerai à ce que ton potager soit bien arrosé… »
-« Oh merci, grand magicien ! Vous êtes trop bon… »
Puis ce fut le tour d’une vieille dame.
-« Moi, je viens te voir pour enfin exaucer mon vœu d’avoir une petite fille. Certes, j’ai déjà des petits enfants, mais ce ne sont que des garçons, et moi, je voudrais avoir une descendante fille. »
-« Très bien, chère Mamie. A l’automne prochain, ce sera réglé. Vous serez grand-mère d’une jolie brunette… »
-« Merci grand Plumeau, vous êtes un vrai sage d’écouter ainsi… »
Et cela continua de longues semaines. Plumeau promettait à chaque fois. C’était facile, il était sûr de lui et de ses pouvoirs.
Mais le temps passa, et les premières plaintes arrivèrent :
-« Grand Plumeau, tu m’avais promis de l’eau, et je n’ai rien vu tomber du ciel. Mon jardin est un vrai désert ! »
-« Et moi, ma fille a accouché et c’est encore un garçon. Moi qui m’étais fait plaisir à confectionner des layettes roses… Cela ne servira à rien. C’est une très grosse déception… »
Bientôt, il y eut une longue queue de réclamations devant la maison de Plumeau.
-« Trahison ! »
-« Plumeau est un charlatan ! »
-« Moi aussi, je sais faire des prédictions. Tiens Plumeau, je devine que dans quelques instants, tu vas te prendre un coup de sur la tête… »
BOING !
-« Et voilà, je suis aussi bon magicien que toi ! »
Plumeau voyait des étoiles, et pas que sur sa robe de magicien.
Les grondements se faisaient plus menaçants. Plumeau dut prendre la poudre d’escampette.
Il dut changer de maison, de village et d’amis.
Tout perdu… Il avait tout perdu dans cette histoire, à croire un mage farfelu.
Il avait même perdu sa crédulité, et ça, par contre, c’était plutôt une bonne chose.
                                     Valérie Bonenfant

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