L’arbre Totoss
Un conte où l’on découvre qu’avec de la détermination, tout est
possible…
Totoss est un arbre qui, depuis son plus jeune âge, aime regarder
plus loin, plus haut…
Un jour, fatigué de contempler toujours le même
paysage, il décide d’aller voir ailleurs…
Mais un arbre, ça ne bouge pas, me
direz-vous…
Sauf que Totoss est tout sauf résigné, et que, fort de sa
décision, il va bouger…
Totoss était un arbre planté dans un verger. Il
faisait partie de la rangée qui collait la haie, qui les séparait de l’autre
pré, derrière. Longtemps, il avait attendu le moment qui allait lui permettre de
voir de l’autre côté. A chacun de ses anniversaires, il espérait que son nouvel
âge allait le rendre suffisamment grand pour voir enfin par-dessus.
Quand ce
fut le jour, - il s’en souviendrait toute sa vie-, que le propriétaire vint
tailler sa haie, surprise ! Ses branches étaient plus hautes que la bordure, et
O joie suprême, il put découvrir le champ d’à côté ! Rien d’extraordinaire en
fait : un verger qui ressemblait fort au leur. Toutefois, il fit la connaissance
de l’autre côté d’un pommier, du nom de Marmelu.
-« Hé, salut ! » dit
celui-ci, « moi, c’est Marmelu… Comment ça va, chez vous ? »
-« Bien ! »
répondit Totoss, « les bourgeons, les nouvelles fleurs, les feuilles, puis les
fruits… La routine, quoi ! On a failli avoir une vague de pucerons, mais
heureusement, une épidémie soudaine les a détruits… «
-« Ah oui, j’en ai
entendu parler… Plusieurs de chez nous s’en sont d’ailleurs fortement inquiété,
et étaient prêts à sortir leur sève empoisonnée ! » confirma Marmelu ;
-«
Waouh ! La sève empoisonnée, ça fait rêver… Chez nous, ils sont bio à fond,
alors dès qu’on parle de poison… » rêva Totoss.
Les deux nouveaux amis
conversèrent ainsi, au fil de leur croissance, pendant plusieurs années. Mais un
jour, Totoss dit :
-« C’est toujours pareil, ici ! Rien ne change, on a
toujours la même vue… »
-« Mais Totoss, c’est normal, nous sommes des arbres,
avec nos racines plantées là, dans le sol. C’est comme ça, nous ne pouvons pas
bouger… ! » répondit, résigné, le pommier.
-« J’en ai assez ! Je veux aller
plus haut, pour voir plus de choses à la fois. J’y vais ! » lança-t-il avec
énergie.
-« Bah, bah, bah… Totoss perd la raison » pensa Marmelu, « un arbre
si jeune : avoir des idées aussi folles comme ça… Quelle tristesse !
»
Marmelu assista aux efforts de Totoss pour changer d’endroit. Celui-ci
bougeait activement ses racines pour les faire avancer plus loin. Comme il
trouvait qu’elles étaient trop lentes, il appela les taupes pour venir à son
aide.
-« Hé les filles, si vous construisez à mes racines de belles galeries
qui leur serviront de passage, je vous promets de vous réserver un plateau de
mes plus beaux fruits… »
Un marché fort tentant pour les taupes, qui, en
quelques heures à peine, dégagèrent à Totoss un formidable passage jusqu’à son
point d’arrivée. Les racines n’avaient plus qu’à suivre le chemin…
Aussitôt,
Totoss se mit en route. Incroyable ! Cet arbre bougeait à vue d’œil ! Pas comme
un pas d’homme, mais presque ! Alors ça ! Marmelu se frotta les yeux de son
tronc avec ses feuilles ! Quel spectacle, mes aïeux ! Il allait réussir ! Tous
les arbres du verger en furent estomaqués ! S’ils avaient pu imaginer qu’un
jour, un des leurs bougerait ! Waouh ! Trop génial ! Totoss séjourna quelque
temps en haut des prés, à contempler le paysage. Mais, la compagnie de Marmelu
lui manquait. Alors, il redescendit.
-« Voilà, vieux frère, je suis de retour
! » lança-t-il joyeusement.
-« Ca alors, tu nous as épaté ! Tu crois que moi
aussi, je pourrais essayer ? » demanda Marmelu.
-« Mais bien sûr ! Tous les
arbres peuvent ! »
Autant vous dire qu’à compter de ce jour, les taupes
firent de sacrées affaires ! Jamais, elles n’eurent autant de fruits de si belle
qualité, qui leur étaient spécialement réservés !
Bientôt, tous les arbres
changèrent de place. Une règle, toutefois : d’accord pour bouger mais le verger
devait continuer à ressembler à un verger, les rangées devaient rester
droites…
Chacun voyagea alors à la place d’un de ses confrères, histoire de
connaître la vue à cet emplacement. Comme un échiquier géant, le verger se
transforma alors en un jeu, où les pions, à savoir les arbres, bougeaient en se
positionnant successivement sur des cases vierges…
Quel spectacle ! Le jeu
s’agrandit bientôt aux vergers avoisinants. Toutefois, petit à petit, l’activité
se calma. Les voyages se firent plus rares, et les arbres regagnèrent presque
tous leurs places… Tous ? Non, car Totoss s’offrait de temps en temps encore des
escapades dans des endroits du verger inconnus de lui, et qui lui faisaient
envie…
Mais toujours, il revenait ensuite retrouver son ami Marmelu, enraciné
désormais à sa terre.
Valérie Bonenfant

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