A la
gloire de la Femme
canadienne-française
[1943]
[ Ce document reproduit un sermon prononcé par le
Père Lorenzo Gauthier le 24 juin 1943. Pour la référence bibliographique
précise, voir la fin du document.]
EXCELLENCE, (1)
MES
FRERES,
La Société Saint-Jean-Baptiste consacre chaque année
la journée de la fête nationale à
rappeler les souvenirs des gloires du passé : gloires des personnes, gloires
des événements, gloires des traditions.
C'est un devoir très doux pour nous, ce
matin, dé contempler la figure calme, éclairée, sereine et pure de la mère
canadienne-française.
Ainsi que Jean-Baptiste, elle a tenu, au cours de
notre histoire, le rôle de précurseur
avec une merveilleuse délicatesse. Elle a préparé la voie à la Sainte Eglise et
aplani les sentiers que devaient parcourir les prêtres, les religieux, les
religieuses, les missionnaires, les artisans, les terriens et les
professionnels. Elle apparaît sur tous les chantiers avec ses qualités de coeur
et d'esprit qui lui ont permis de jouer un rôle de premier plan comme mère
admirable, maîtresse de maison industrieuse, apôtre de grande classe. A
l'exemple de Jean, elle a dû, maintes fois, s'effacer comme l'aurore devant le
soleil afin que les desseins de Dieu se réalisent avec plus de splendeur sans
être compromis par des vues trop humaines et des ambitions trop terrestres. La mère
canadienne-française est demeurée une
très noble ouvrière catholique et sociale parce qu'elle a voulu se préparer à cette
mission dans la solitude du foyer, la
vivifier par la pratique du renoncement
et la défendre contre tous les successeurs d'Hérode avec une opiniâtreté bien chrétienne et très française.
Mettons-nous, ce matin, à l'école de la
vraie grandeur en contemplant la femme
canadienne-française comme mère admirable, maîtresse de maison industrieuse et apôtre de grande
classe.
1. – MÈRE ADMIRABLE
Au Canada-français, la femme a toujours porté
glorieusement son titre de mère. Elle a
compris que le véritable amour n'est pas
égoïste, qu'un foyer sans enfants est un jardin sans fleurs et que perpétuer la vie est le métier
qui révèle le plus d'héroïsme et le plus
de grandeur d'âme.
Dans sa pensée, le sanctuaire familial doit être
animé par la présence des enfants,
assurance d'expansion pour l'Eglise et
source de richesses pour la Patrie parce que procédé sacré pour faire des civilisés. Pour elle, des
berceaux signifient union des coeurs,
sanctification des âmes et affermissement du foyer.
Ni la rigueur du métier de terriens, ni les
incertitudes du lendemain, ni la perte
de la santé, ni la mort ne sont entrées
en ligne de compte pour empêcher la femme canadienne-française d'être mère dans toute l'acception
du mot.
Une foi ardente et robuste a toujours éclairé le
problème de la
famille.
Puis, il y eut aussi son commerce loyal et quotidien
avec le renoncement.
Dès lors, il n'était pas possible pour elle de
comprendre le vrai foyer sans l'accompagnement normal des
responsabilités qu'il
comporte.
Telle fut son attitude à tous les tournants de notre
histoire.
La nouvelle Mère Patrie, au lendemain de la conquête,
enverra un grand nombre de ses enfants
pour peupler la nouvelle terre, mais
rien ne viendra déranger le plan sacré de la mère. Humainement, on aurait pu croire à la
submersion du groupe français par cette
marée envahissante. La lutte s'engagea
de façon toute chrétienne et bientôt la blanche et pacifique armée des berceaux eut raison de la force,
de l'argent et du pouvoir, si bien que tous les trente ans, selon un
rythme régulier, la population doubla :
- 1760, 70,000; 1790, 140,000; 1820,
280,000; 1860: 560,000; 1880, 1,120,000;
1910, 2,240,000; 1930, au-delà de 4,000,000.
La mère canadienne-française, fidèle à la loi de la
vie, apportait en la nouvelle France,
non seulement une espérance, mais une
réalité vitale et chrétienne qui ne creuse point de tombes, mais qui enrichit la race, remplit les
foyers et peuple les
cieux.
Mère admirable, elle ne se contente pas de donner la
vie physique.
Accomplissant un véritable sacerdoce, elle s'attache
à son foyer pour veiller avec une
sereine patience sur la petite enfance, l'adolescence et la jeunesse de sa
nombreuse postérité.
Heureuse, souriante et forte, elle préside à l'éveil
des jeunes intelligences et donne les
premiers soins spirituels à sa famille
avec un inlassable dévouement.
Point de douceurs qui amollissent, point de
déplacements inutiles, point de
mondanités, point d'activités à l'extérieur en ces heures où les petits la prennent
toute entière. Elle se fera nourrice,
garde-malade, institutrice.
Elle sera mère dans toute l'acception du
mot.
Souvent peu instruite, elle trouvera quand même dans
sa piété éclairée et son gros bon sens
les mots qui éclairent et les conseils
qui orientent.
Elle jettera dans les âmes les semences de l'Évangile
avec une cordialité quasi
sacerdotale.
Rien ne l'arrêtera dans toutes les étapes de notre
histoire.
Malgré bien des influences dangereuses, elle saura
faire face à toutes les complexités de
notre problème familial.
Il y aura bien en ces dernières
années un fléchissement inquiétant favorisé par des promiscuités douteuses, par
l'ambiance protestante et par la diffusion des doctrines matérialistes toutes
proches; mais, en dépit de tout cela, la femme canadienne-française demeurera
mère admirable parce que parmi toutes les autres, elle restera fidèle aux
obligations sacrées de la maternité chrétienne au risque même d'être tournée en
ridicule ou d'être un peu regardée comme une naïve et une
arriérée.
Ni les rudes obligations de sa
vocation, ni la perspective des naissances prochaines, ni les asservissements
d'un foyer plein d'enfants n'ont eu jusqu'ici raison de sa foi, de
son amour et de sa fidélité aux lois
naturelles et divines. Aussi l'Église veut-elle en ce jour
s'unir à la patrie pour la saluer comme une grande pourvoyeuse
d'âmes selon les desseins de
Dieu.
Le pays tout entier, en ces heures
de grandes inquiétudes, se doit, de lui rendre des
hommages sincères pour toutes les recrues qu'elle lui donne.
Soldats loyaux ils ne font point un étalage publicitaire de
leur patriotisme, mais ils n'en demeurent pas moins des
ouvriers tenaces, généreux, braves, honnêtes et hardis quoi qu'on
dise et quoi qu'on ait dit.
Partout où ils sont, ils apportent
la piété de leur mère, sa générosité, sa réserve, sa foi, sa vaillance et sa
légendaire ténacité.
Comme elle, sans bruit, ils sauront
être des artisans de la victoire et des ouvriers de paix
à l'heure marquée par la Providence
divine.
Dans la distribution des palmes,
quand la guerre prendra fin, il ne faudra pas ignorer le
premier soldat de la race: la mère canadienne-française. C'est
un devoir de justice que le pays entier devra lui rendre,
parce qu'elle est, aujourd'hui, frappée dans ses affections plus
souvent que les autres, ayant été toujours fidèle aux lois de la
vie.
L'Eglise lui en rend hommage et la
vénère.
Que l'Etat s'incline loyalement devant sa vocation
respectée.
Qu'on sache bien ici comme au delà
des mers que la femme canadienne-française, mère
admirable entre toutes, sait donner à l'Eglise des recrues, mais qu'elle accepte
aussi, en esprit d'obéissance, de donner ses fils au pays qui les lui réclame
pour le défendre et le protéger ... et assurer le triomphe de la civilisation
chrétienne. La mère chrétienne n'est pas une embusquée. Ses fils ne le sont pas
davantage. Cela vaut la peine d'être retenu.
2. — MAITRESSE DE MAISON
INDUSTRIEUSE
La maison est un temple.
Ce temple doit être vivifié et orné.
Dès lors, ceux qui l'habitent aiment à y demeurer dans
la paix, l'amour et la fierté.
Il faut sur la table le pain et la
pitance, sur les murs et aux fenêtres des indices de
vie.
Et pour couvrir les corps les
ornements qui conviennent à un
tabernacle.
Or, pour assurer toute cette
richesse, il faut dans la maison une âme, une gardienne. On l'a écrit avec
justesse : «Plus qu'en tout autre pays, la mère
a vraiment été chez nous, l'âme et la vie de la
maison.
C'est là sa plus pure gloire.
Nous ne le redirons jamais trop à
une époque où il devient de plus en plus de mode de considérer la vie familiale
comme un secteur trop effacé et trop étroit pour la femme éprise d'action. En
accomplissant avec plénitude sa tâche de femme de maison», la maman
canadienne-française a mieux servi la religion et le pays que n'importe quelle
autre activité de caractère plus éclatant, plus exceptionnel, mais beaucoup
moins rayonnant et moins constructif» (2).
Aussi loin que
nous puissions remonter dans l'histoire, la femme
canadienne-française a été l'âme de la maison, la vie du foyer.
Toujours présente, active, bienveillante, elle a veillé sur sa famille avec une infinie tendresse et
un art admirable. Soutenue par une
volonté que rien n'arrête, elle a su utiliser ses dix doigts comme l'avait
enseigné Marguerite Bourgeois aux
femmes de son temps. Elle est demeurée ménagère économe, couturière habile, avec des
tendances naturelles à
l'artisanat.
Dans le modeste réduit où les destinées de la race
vont se jouer, elle saura se livrer à
toutes les besognes qui éloignent la
misère et préparent l'honnête aisance.
Rien ne l'empêchera d'exploiter à sa pleine mesure
les produits d'un sol plein de promesses
mais encore mal préparé. Par ses soins
délicats, un nouveau miracle de la multiplication des pains viendra sans cesse revigorer les corps
et consoler les
coeurs.
Elle aidera son homme dans les travaux de la ferme
pour que la terre soit plus généreuse,
pour que dans la huche le pain ne manque
jamais et pour que la maison soit plus accueillante.
On la verra près du rouet dont le bruit discret
accompagnera les chansons du terroir
qui endorment doucement les bébés roses
qui se succèdent dans les berceaux jolis.
Chacun aura sa part dans ce travail maternel à partir
du père jusqu'au plus
petit.
Les doigts de la mère canadienne-française se feront
agiles.
L'aiguille n'aura point de secret pour elle
…
Elle sera brodeuse, voire même dentellière en
certains milieux.
Tard le soir, elle confectionnera tout ce qui doit
servir à vêtir la maisonnée. Avec
l'usage du métier qui deviendra une
pièce indispensable dans tout foyer honnête et vivant, et presque un autel, elle changera les produits de la
ferme en matériel de beauté et de bon
goût. Servie par son talent, son imagination brillante, son ardeur au travail, son
amour de la vie enclose, elle jettera
sur les parquets, accrochera aux fenêtres et multipliera dans toute la maison les
richesses sorties du
métier.
Maîtresse de maison, elle l'est dans toute la
plénitude industrieuse.
Qui que nous soyons et quel que soit notre âge, le
souvenir de cette femme auguste demeure
et projette encore sur l'âge mûr et la
vieillesse une rayonnante splendeur.
Comme elle a su trouver par de mystérieuses
industries le secret de consacrer tous
les événements de la vie domestique.
Comme elle a su établir la vertu d'économie par le
savant et tenace usage des vêtements qui devaient dans la famille nombreuse pieusement passer des plus vieux aux
plus jeunes même si dans cette
transmission, ils perdaient beaucoup de
leur jeunesse et un peu de leur beauté.
Comme elle a été habile, sans vaine
publicité et sans mesquinerie, pour
établir le culte du bas de laine préparant ainsi la voie à tous les systèmes savants et
compliqués de l'économie que notre
société moderne tente de mettre en formules.
Comme elle a su préparer des générations sobres,
laborieuses, dévouées aptes à exploiter leur pauvreté même pour dominer tous les aléas d'un monde si changeant et si
capricieux.
Maîtresse de maison industrieuse, elle l'a été sans
jamais sacrifier ses qualités de coeur
et d'esprit dans la joie, dans la
tristesse, dans la prospérité et dans l'adversité. Sans faire de grands discours elle a défendu notre peuple
contre l'assimilation, contre le
découragement et contre les dangers des
crises économiques.
La mère canadienne-française demeure à bon droit en
notre esprit comme le type idéal de la
femme d'intérieur: pieuse et fidèle,
sacrifiée jusqu'à l'extrême limite, économe et sage, défiante jusqu'à la
délicatesse, attachée à son foyer avec une ferveur jalouse, tenace et tenante, tout entière
éprise de son devoir maternel et
acharnée à défendre tous les points menacés de la vie domestique.
Maîtresse de maison industrieuse, elle l'est
essentiellement.
Et elle demeurera telle aussi longtemps qu'elle sera
mère admirable, aussi longtemps qu'elle n'aura pas d'autres ambitions que de
servir la cause familiale, la plus importante, la seule vitale dans l'histoire
d'une race qui veut monter vers les cimes.
3. — APOTRE DE GRANDE
CLASSE
La mère canadienne-française est enfin un apôtre de
grande classe.
Habituée à tous les renoncements, il lui est tout
naturel de rayonner.
Elle aime le foyer, mais elle estime aussi qu'il ne
doit pas être un temple
fermé.
Elle n'entend pas tout garder pour elle sans rien
livrer aux autres.
Dans le silence de son foyer elle va façonner par la
prière, le sacrifice, le bon exemple des
ouvriers et des ouvrières de bonne
volonté.
A l'heure voulue, des légions de prêtres, de
religieux, de religieuses, à cause
d'elle et par elle sortiront des foyers français pour se disperser à travers
tout le pays et atteindre bientôt les
régions lointaines des missions.
Elle donnera à l'Église des fondateurs et des
fondatrices de communautés religieuses.
Quelques-unes d'entre elles une fois
libérées des grandes responsabilités familiales ajouteront à leur couronne
maternelle celle encore plus glorieuse de fondatrices. Mais tant de ferventes donations ne
semblent pas la satisfaire, nous la
voyons encore tout le long de notre histoire s'intéresser aux oeuvres de miséricorde
spirituelle et corporelle.
Les annales de nos hospices et de nos hôpitaux
relatent avec une exquise tendresse les
charitables interventions des premières
mamans qui osèrent se livrer à des oeuvres extérieures soit comme patronnesses, soit comme dames de
charité.
C'était en ce temps-là une nouveauté. Mais les années passent.
Des exigences sociales nouvelles imposent à la mère
canadienne-française de nouveaux labeurs.
Elle ne recule pas devant les tâches qui s'imposent.
Sans aliéner son titre de mère
admirable, elle se voit appeler à étendre le théâtre de ses
activités.
Il n'y a point de caprice dans ces innovations.
Il n'est pas question d'un plaisir
inconsidéré. Il s'agit pour elle d'être
un instrument de vie. Elle va donc
maintenant s'intéresser au social.
La Fédération nationale de la Saint-Jean-Baptiste
vient de naître (3).
Ici et là on chuchotte, on s'inquiète. Beaucoup
prennent des airs
scandalisés.
La Société Saint-Jean-Baptiste lui laisse le champ
libre après lui avoir aidé à faire ses
premiers pas. L'Église veille par ses
aumôniers sur le berceau d'une institution déjà pleine de promesses.
Une ère nouvelle s'ouvre pour l'activité apostolique
de la mère
canadienne-française.
Bientôt à cause du zèle, de la charité et de la
ténacité des mamans qui hier encore
vivaient dans l'enceinte du foyer, des
oeuvres multiples vont naître pour le plus grand bénéfice de la race et de l'Église.
Il faut souligner ici l'amour désintéressé de ces
femmes que notre facile ingratitude nous
porte à oublier et qui ont mis une
traînée de lumière dans le ciel de notre histoire en veillant sur la naissance et la croissance de ces
oeuvres merveilleuses qui font le bonheur d'une multitude parce que ces
oeuvres couvrent à peu près tous les
domaines.
Soulignons en passant quelques réalisations
apostoliques de la femme
canadienne-française: l'hôpital Sainte-Justine, l'assistance maternelle, les aides maternelles,
la goutte de lait, l'oeuvre si belle des
enfants infirmes qu'une mère incomparable a su mettre sur pied avec un zèle que
l'histoire ne devra jamais
oublier.
Je me permets de n'en citer timidement que
quelques-unes. J'ai peur d'en donner la
liste très longue devant Celui-là seul
qui décerne les titres de grandeur. Je laisse à votre reconnaissant amour le soin d'en faire mémoire devant
le Seigneur (4).
Votre plus grande gloire, Messieurs de la Société
Saint-Jean-Baptiste, devant Dieu et devant les hommes, c'est d'avoir contribué à
l'expansion de cet apostolat en lui permettant de vivre sans briser de si belles
initiatives par un souci du monopole qui nous est trop souvent familier même
quand il s'agit du bien national ou religieux.
Le Canada français s'incline devant l'apostolat
social de la mère canadienne. Il le fait
avec d'autant plus de fierté que les
lois sociales votées en ces derniers temps ont pris naissance dans le coeur et le cerveau des mères
canadiennes. Ces lois ne porteront pas
leurs noms, mais c'est justice que de leur en renvoyer le mérite et la
gloire.
Voici maintenant qu'un nouveau champ d'apostolat
s'ouvre au zèle de la femme canadienne,
celui de l'Action catholique.
Pour ce travail rénovateur des masses toute une élite
est déjà prête grâce aux activités de la
Fédération.
Loin d'abandonner le travail d'hier, la mère
canadienne, formée à l'école de
l'Action catholique, va informer tout son travail social, le rendre plus
chrétien, lui donner un plus grand rayonnement et préparer de la sorte des
victoires décisives qui permettront à
l'Église d'agir avec plus d'ampleur dans
tous les domaines quand l'heure sera venue.
Une fois de plus la mère canadienne-française va
mettre au service de Dieu et de la race
son grand esprit apostolique pour être
encore et par-dessus tout un instrument de vie surnaturelle.
Nous la reconnaissons bien. C'est toujours la
même.
C'est la vraie mère canadienne-française qui ne veut
pas limiter son zèle à sa maison mais
qui veut atteindre la race tout entière
afin de la rendre plus fidèle, plus croyante, plus attachée à l'Église et plus loyale à la Patrie. Nous
la reconnaissons à ce trait qui la
caractérise si bien.
C'est la mère canadienne-française, la nôtre, celle
que nous pleurons toujours quand nous
l'avons perdue, celle que nous venérons
sans réserve quand le Seigneur nous la conserve dans sa miséricordieuse
bonté.
CONCLUSION
J'ai essayé de redire les gloires de la femme
canadienne-française. Et pour ce faire, je vous l'ai présentée avec tous les
titres qu'elle a su mériter et défendre
à travers toutes les phases
de notre histoire.
La divine Providence l'a visiblement couverte de ses
bénédictions.
Nous le savons. Et c'est pour nous une légitime
fierté.
Malgré toutes sortes de difficultés, elle est
demeurée mère admirable, maîtresse de
maison industrieuse, apôtre de grande
classe.
MERE ADMIRABLE : elle conserve en son intégrale
beauté devant toute l'histoire
l'auréole d'une maternité qu'elle n'a pas voulu profaner, ni sacrifier.
MAITRESSE DE MAISON INDUSTRIEUSE : elle a été et
demeure par son habilité, son esprit de labeur, son goût bien équilibré une
ouvrière diligente qui, avec ses dix doigts et son âme d'artiste, a su défendre
notre petite économie, exalter le bas de laine et donner à notre foyer une
parfaite stabilité.
APOTRE DE GRANDE CLASSE : elle a préparé dans le
silence de son foyer des consécrateurs, des missionnaires, des ouvriers, des
professionnels et des agriculteurs, des artisans de tous genres qui font resplendir sur des scènes
diverses les vertus chrétiennes et les
richesses sociales qui assurent les rénovations nécessaires.
Il convenait de célébrer de façon solennelle tant de
vertus, tant de mérites et tant de
bienfaits.
Mais il faut assurer un lendemain à notre fête
nationale.
Or, une telle fête n'aurait pas de lendemain si nous
n'étions point décidés de prendre la
résolution sincère et loyale d'apporter
chacun notre part pour défendre un si grand trésor surtout au moment où une si grande détresse
descend sur la terre.
Les discours grisent et enflamment. Les actes qui les
suivent sont seuls capables d'en assurer
les fruits.
Que la femme demeure chez nous une mère admirable
malgré le matérialisme envahissant,
malgré la religion du plaisir, malgré
les appels de l'égoïsme, les tyrannies des sens et la mode païenne.
Par nos prières et nos sacrifices, par nos
interventions opportunes, organisons sa
défense pour que des lois sociales chrétiennes améliorent sans cesse sa situation, pour
que la famille nombreuse vive avec
fierté, pour que les taudis disparaissent, pour que la mère retourne le plus tôt
possible à sonfoyer seul endroit de travail digne d'elle et seul sanctuaire où
elle peut préparer cette paix véritable que le monde appelle de tous ses
voeux.
Qu'on le sache bien en tous lieux. Il faut que cela
soit afin que la mère ne cesse jamais
d'être une maîtresse de maison
industrieuse.
Que par le ministère si beau des écoles ménagères,
par l'apostolat discret des cercles de
fermières qu'on voudra bien laisser
libres de toute entrave politique, que par l'enseignement lumineux de toutes les organisations familiales
on cherche à lui conserver toutes les
qualités de coeur et d'esprit qui la
consacrent auxiliaire de l'homme dans tous les domaines qui se rattachent à l'épanouissement glorieux du
foyer, en ce décor qui lui est familier et où elle peut vraiment exercer un
ministère sacro-saint pour hâter la
construction de la vraie cité
chrétienne.
Qu'elle demeure apôtre de grande classe dans son
foyer d'abord, auprès de sa famille, mais aussi sans nuire à celle-ci en dehors
de sa maison et surtout dans les cadres de l'Action catholique pour en informer ensuite tous nos
problèmes sociaux et
nationaux.
Il le faut en ces heures décisives où sur tous les
chantiers s'engage une lutte sans merci entre Dieu et l'Esprit de ténèbres.
Qu'elle soit, dans notre siècle tourmenté, un
instrument de vie et une source de force
afin que par elle une nouvelle conquête
catholique et française solidifie les positions de la sainte Eglise et prépare les voies à de splendides
réalisations et à des rénovations
définitives.
Rendons grâces au Seigneur de nous avoir gardé
jusqu'ici ce trésor
inestimable.
Supplions-le de ne point tenir compte de nos
iniquités, mais de nous accorder en sa
miséricorde la même précieuse et efficace assistance pour les heures douloureuses de
l'après-guerre.
Avec tous les apôtres de chez nous: évêques, prêtres,
missionnaires, religieux, religieuses, professionnels, historiens, ouvriers, agriculteurs, je salue la mère
canadienne-française.
Et m'inspirant d'une pensée chère à furie de nos
écrivains, je lui redis en guise de bouquet spirituel ces mots simples et doux
comme un cantique : «J'appelle le jour, où sur une de nos places publiques, la
plus gracieuse, la plus fleurie, la plus ensoleillée se dressera la statue de
la femme auguste par qui la Nouvelle-France est née et a survécu; je la rêve
statue sculptée par un grand artiste plein de piété et d'amour; je la rêve sans
autre beauté que la beauté simple de son exemplaire, dans l'attrait du vieux
costume, avec les traits fins de la race et, par tout l'être, l'élan lyrique de
sa vaillance».
Amen.
(1) Son Excellence Mgr Chaumont, auxiliaire de
Montréal.
(2) L'abbé Tessier, dir. général des Ecoles
Ménagères, apôtre de la Vie domestique.
(3) Fondée en 1906. Présidentes fondatrices Madame
F.-L. Nique et Madame Henri
Gérin-Lajoie.
(4) Fondation des Associations professionnelles,
Fondation des Fédérations paroissiales, Etablissement de Caisses de Secours,
Etablissement de Cours
d'Enseignement Ménager, Comité de lutte contre l'alcoolisme, Amendements à la loi des licences,
Législation en faveur des
Institutrices et des employées de bureau, Comité des
questions domestiques,
Comité de lutte contre la
mortaltié infantile, Fondation
de "Gouttes de lait", Participation aux expositions pour
le bien-être de l'enfance,
Comité de lingerie d'autel et
décoration d'église du Congrès
Eucharistique, Pèlerinage à Lourdes et à Rome,
Affiliation à l'Union
Internationale des Ligues catholiques féminines, Fondation de la Bonne
Parole, Comité du "Denier National", Comité des questions
civiques, Comité de la Croix Rouge, Comité du Fonds Patriotique, Comité de
l'Assistance par le travail, Comité central d'étude et d'action sociale, Comité
des Oeuvres économiques, Comité de Rédaction de la Bonne Parole,
Comité de la construction, Comité du service social, Comité de la
Visite des hôpitaux, Fichier Central de renseignements, Comité de l'apostolat de
la paix, La réforme du Code civil en
faveur de la femme.
N. B. — On peut devenir membre de la Fédération
Nationale Saint-Jean-Baptiste en
s'inscrivant à son secrétariat: 853, rue Sherbrooke Est.
Source: Lorenzo GAUTHIER, A la gloire de la femme
canadienne-française, texte du sermon donné en l’église
Saint-Jean-de-la-Croix, à Montréal, le 24 juin 1943, Joliette, l’Action
populaire, 1943, 16p.